5 raisons de mettre en place une formation hybride en langues dans l’enseignement supérieur

J’aime bien la simplicité et le pragmatisme de la définition de formation hybride adoptée par l’Université d’Ottawa : “un cours hybride est conçu de sorte que certaines heures de classe sont remplacées par des activités en ligne tout aussi importantes” (source)

Avec le “tout aussi importantes”, on sent l’expérience de terrain ! En effet, combien d’étudiants, et même d’enseignants, considèrent les dispositifs de formation en ligne comme des activités de soutien, des devoirs à faire à la maison plus ou moins facultatifs… une sorte de cours au rabais en d’autres termes. C’est toute la question de la place de l’enseignant (peut-être pas aussi centrale qu’on ne le croit parfois…) et de la capacité d’apprentissage en autonomie de l’apprenant qui est en jeu >>> est-ce que l’on ne peut plus rien apprendre une fois que le prof est parti ?

Une formation hybride articule donc les deux modes, distanciel et présentiel, de façon complémentaire et réfléchie selon les objectifs d’apprentissage ciblés par la formation. Il ne s’agit pas d’ajouter quelques activités numériques ponctuelles à une formation présentielle mais bien d’élaborer une nouvelle formation prenant en compte ces deux modes d’apprentissage. Autrement dit, ce n’est pas une addition (1+1), mais plutôt un tout cohérent (1) !

La mise en place d’un dispositif de formation hybride est particulièrement intéressante pour l’apprentissage des langues. Pourquoi ?

1. Augmenter le temps d’exposition des apprenants à la langue

L’exposition est un facteur clé de l’apprentissage d’une langue étrangère. Or, les étudiants ont souvent peu d’heures consacrées aux langues dans leur planning. Par exemple, lors de mes vacations dans une fac de sciences en France, je constate que les étudiants étrangers n’ont que 2h de cours de FLE par semaine… qui plus est souvent calées après une journée bien remplie, entre 18h et 20h… (lorsque les couloirs sont vides et lugubres et le chauffage déjà passé en mode “nuit”!)

Une formation hybride permet d’augmenter les moments de pratique authentique de la langue et de renforcer les compétences des étudiants à la fois en compréhension et en expression. Ils peuvent être mis en contact avec des interlocuteurs partout dans le monde, écouter des documents d’actualité en flux direct ou téléchargés, effectuer des activités d’entraînement avant, pendant ou après les heures en présentiel, etc.

2. Favoriser une pédagogie active

L’interaction et la collaboration sont fondamentales pour rendre les apprenants actifs. C’est particulièrement vrai pour l’apprentissage d’une langue étrangère dans lequel l’interaction est à la fois moyen et objet d’apprentissage. Or, les technologies favorisent ces interactions en facilitant le contact avec les différents acteurs de la formation en dehors de la salle de cours : accompagnement par l’enseignant, interactions entre pairs, télécollaboration… Les interactions ne s’arrêtent pas à la porte de la salle de cours et le planqué n’a plus sa place au fond de la salle près du radiateur !

3. Rendre la formation accessible et flexible

Les modalités d’une formation hybride permettent une meilleure adaptation au rythme de chaque apprenant et de ses contraintes. Il peut gérer son temps comme il l’entend pour réaliser les activités distancielles asynchrones. C’est notamment utile pour les étudiants qui travaillent à côté de leurs études. Ces devoirs sont encadrés par des activités synchrones ou des regroupements en présentiel qui constituent des rendez-vous réguliers pour l’apprenant. Ceux-ci rythment la formation et lui donnent des objectifs pour éviter qu’il ne décroche.

Pour l’institution, c’est aussi un moyen de résoudre les problèmes de salles (pas assez nombreuses, trop petites), des casse-têtes d’emplois du temps pour des étudiants venant de filières différentes et d’éviter de faire venir des étudiants à des heures tardives ou le week-end.

4. Individualiser la formation

Les dispositifs de formations en ligne comportent un suivi plus régulier et plus précis des productions des apprenants. De très nombreux outils numériques permettent en effet de concevoir des activités d’évaluation formative dont les résultats sont très facilement exploitables par l’enseignant. Celui-ci est alors en mesure de proposer des activités de remédiation adaptées au groupe, voire à chaque étudiant. La réalisation d’exercices de grammaire en ligne permet par exemple à l’enseignant de constater tout de suite si une notion est acquise ou non et d’envisager les besoins éventuels de remédiation.

5. Faire des économies ?

Certes, les activités en distanciel sont l’occasion d’utiliser les salles à d’autres fins et de former plus d’apprenants. Points qui concourent à une formation plus rentable. Mais les besoins en ressources humaines pour l’encadrement des étudiants et la conception des formations ne sont pas susceptibles de baisser. Au contraire…

En conclusion, on peut dire qu’une formation hybride en langues, à condition d’une bonne ingénierie, permet de combiner le meilleur des deux modes (distanciel et présentiel) qui la composent. La recherche montre que les apprenants atteignent de meilleurs résultats avec ce type de formation. Précisons enfin que ces bénéfices sont tout aussi valables dans l’enseignement supérieur que dans la formation professionnelle.

Approfondir :

  • Formation hybride en langues, Elke Nissen, Didier, 2019
  • MOOC Enseigner et former avec le numérique en langues, Université Grenoble Alpes

Voir aussi : Le quiz, une puissante méthode de mémorisation permise par le digital learning

Image : https://fr.freepik.com/photos-gratuite/femme-au-casque-apprentissage-langue-ligne_3938006.htm#page=1&query=formation%20%C3%A0%20distance&position=0

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